Le foin n’est pas un simple accompagnement de la ration d’un cheval : il en constitue la base structurelle, celle qui occupe le système digestif le plus longtemps et qui conditionne le bon fonctionnement de tout le reste de l’alimentation apportée.
Un pourcentage du poids vif, pas une portion fixe
La quantité de fourrage à apporter se calcule généralement en pourcentage du poids vif du cheval, un repère qui varie selon l’activité, l’âge et l’état corporel de chaque animal plutôt qu’un volume fixe applicable uniformément à tous les chevaux d’un même effectif. Un cheval au repos nécessite proportionnellement moins de fourrage qu’un cheval en plein travail, mais dans les deux cas, un accès insuffisant au foin favorise l’apparition d’ulcères gastriques, l’estomac du cheval étant conçu pour recevoir un flux constant de fibres plutôt que des repas espacés et copieux.
Répartir la ration en plusieurs apports tout au long de la journée, plutôt qu’en une ou deux distributions massives, respecte davantage le rythme naturel d’ingestion du cheval, qui broute par nature de façon quasi continue lorsqu’il en a la possibilité dans son environnement habituel.
La fibre, base incontournable de tout régime
Contrairement à une idée répandue chez les propriétaires soucieux de performance, augmenter la part d’aliments concentrés au détriment du fourrage grossier déséquilibre le fonctionnement digestif plutôt que de l’améliorer. Le gros intestin du cheval héberge une flore microbienne spécialisée dans la digestion des fibres, un écosystème qui se déstabilise rapidement lorsque la proportion de fourrage chute en dessous d’un seuil minimal recommandé par les nutritionnistes équins.
Cette déstabilisation peut se traduire par des troubles digestifs variés, allant d’une gêne passagère à des épisodes de coliques plus sérieux, ce qui rappelle que le foin ne doit jamais être considéré comme une variable d’ajustement secondaire face aux compléments ou aux aliments concentrés plus valorisés commercialement.
Évaluer la qualité d’un foin sans laboratoire
Sans analyse en laboratoire, plusieurs indices simples permettent d’évaluer la qualité d’un foin : une couleur verte à jaune pâle homogène, une odeur agréable et légèrement sucrée, une texture souple qui ne pique pas au toucher, et l’absence de moisissures visibles ou d’odeur de fermentation qui trahirait un séchage insuffisant avant le stockage en botte.
Un foin qui dégage une odeur de poussière au moment de l’ouverture d’une botte, ou qui présente des zones compactées et grisâtres, doit être écarté sans hésitation, quel que soit son prix d’achat, car ces défauts s’accompagnent presque toujours d’une charge en particules ou en moisissures potentiellement délétère pour l’appareil respiratoire de l’animal.
Le trempage, une réponse à la poussière
Le trempage du foin dans l’eau, pendant une durée qui varie généralement de quelques minutes à plusieurs heures selon la méthode retenue, réduit significativement la quantité de particules fines et d’allergènes inhalés par le cheval au moment de l’ingestion. Cette technique s’avère particulièrement utile pour les chevaux qui présentent déjà une sensibilité respiratoire, même légère, ou qui vivent dans un box mal ventilé où l’accumulation de poussière ambiante aggrave l’exposition globale de l’animal.
Le trempage prolongé présente néanmoins un inconvénient à surveiller : il lessive une partie des éléments nutritifs solubles du foin, ce qui peut nécessiter un ajustement du reste de la ration pour compenser cette perte, notamment chez les chevaux qui ont des besoins nutritionnels élevés liés à leur niveau d’activité.
Des conséquences respiratoires qui s’installent durablement
Une exposition répétée à un foin poussiéreux favorise l’apparition de troubles respiratoires chroniques chez le cheval, comparables dans leur mécanisme à certaines pathologies allergiques observées chez l’humain. Ces troubles, une fois installés, se révèlent souvent difficiles à réduire complètement, même après correction de la cause initiale, ce qui souligne l’intérêt d’une vigilance préventive plutôt que d’une réaction tardive une fois les symptômes respiratoires bien installés chez l’animal.
L’Institut français du cheval et de l’équitation publie régulièrement des recommandations sur la gestion du fourrage et son impact sur la santé respiratoire et digestive du cheval, un sujet qui rejoint directement les questions de logement abordées dans l’article de cette rubrique consacré au choix entre box, paddock et pré. La question des coliques, conséquence possible d’une ration mal équilibrée, est développée plus largement dans la rubrique santé animale.




